Il y a deux jours de ça, je découvrais au bord d'un sentier, le cadavre d'une jeune femelle mouflon. Elle giseait au centre d'une doline, couchée sur un des derniers tapis de neige que les beaux jours n'ont pas encore emporté.
Ses yeux grands ouverts figeaient l'expression de ses derniers instants, ils dévoilaient la terreur ressentie avant la mort. Son regard est resté clair et ses membres encore souples, signe que la faucheuse etait passée depuis peu.
En observant sa cuisse droite, il ne faisait aucun doute qu'elle avait servi de repas à son bourreau. La cuisse complètement déchiquetée laisse apparaître toute l'anatomie de son arrière train. On peut voir l'estomac déchiré qui n'avait pas fini de digérer le dernier repas, une épaisse bouillie verdâtre et peu ragoutante s'en échappe.
Il est présent autour du mouflon, les traces d'une espèce canine, il semble que le bourreau est été seul. J'hésite un instant sur deux hypothèses, le meurtrier est soit un chien soit un loup. Quelques jours auparavant, des touristes ont déclaré avoir vu dans les environs, trois loups courir après des chevreuils. Si l'information s'avère exacte, il est possible que le prédateur soit lié à ma découverte macabre. Pour vérifier l'identité du coupable, il me fallait devoir jouer au Sherloke Holmes des bois.
Les empreintes au sol sont trop grosses pour être celle d'un chien de chasse oublié, elles ont presque la taille de celle de mon Saint Bernard. Il n'y a pas, dans ce coin reculé de toute habitation, d'autre clébard capable de laisser de pareilles traces. L'hypothèse du chien n'est donc pas la meilleure, leurs attaques sont différentes et le travail n'aurait pas été si bien mené. Cela ressemblerait plus à une sanglante boucherie, le chien tue généralement pour tuer et le loup tue uniquement pour manger. La cuisse montre bien qu'elle a été la mise en bouche du coupable, tout me laisse donc à croire que le responsable est bien un loup. L'attaque avait été propre et puissante, en soulevant le coup de l'animal, j'ai pu distinguer des marques de crocs qui révèlent une mort par étouffement, trés caractéristique de ses mises à mort.
Si tel est le cas, il reviendra certainement à son garde manger improvisé en ces lieux. Au lendemain matin, je me pressais d'aller vers le corps pour voir la suite de mon épisode. Le mouflon avait été tiré hors de son tapis de neige, à quelques mètres de sa position initiale. Le responsable était revenu dans la nuit reconsommer sa proie, mais cette fois-ci accompagné. Des traces d'ébats virulents sont présents autour du corps, la terre est à des endroits grattée et le feuillage au sol sévèrement remué. Pas de chance, la scène n'a pas eu lieu dans la neige comme hier et les empreintes sont beaucoup moins distinctes sans le précieux moulage.
Voyons donc.., vu la fraîcheur du cadavre, l'attaque a eu lieu dans la nuit d'hier. Le bourreau était seul et selon les empreintes, de forte corpulence, la nuit suivante, il est revenu accompagné de ses acolytes pour partager le festin. Je note là un comportement d'individu vivant en meute.
Je décidais d'attendre le lendemain matin, il se repassera quelque chose, le mouflon n'était pas encore terminé. En retournant sur les lieux, je fus bénit ! Il avait neigé pendant la nuit et la nouvelle scène que j'allais découvrir allait être inscrite dans la neige. Effectivement, je pouvais voir tout ce qui s'était passé, qui l'avait fait et combien ils étaient. Avec certitude, j'affirme que c'est bien le loup, il nous a même laissé un petit colis crotal pour mieux se faire démasquer. Ils sont trois, tiens donc, les touristes avaient bien noté le même nombre non ? Il y a deux adultes et un jeune, grâce à la neige, on peut facilement suivre leur itinéraire dans la forêt. Une des particularités du loup est qu'il marche dans ses traces, de la sorte, on ne voit que deux empreintes de pattes qui se suivent et non quatre comme chez le chien.Sur le lieu de nourrissage, on peut distinguer trois postes qui ont été occupé chacun pendant un certain temps. Il y a eu ici, une organisation sociale flagrante. Un des postes, surélevé par rapport aux deux autres, est marqué d'une tâche d'urine, je pense que c'était la place du dominant. Les trainées au sol vont de poste en poste, elles nous indiquent bien les différents allés et venus que les loup ont fait faire à la défunte. Le mouflon est désormais en morceau, seul les pattes restantes du cadavre nous disent que s'en était un. Je vous laisse une petite photo du tombé de rideaux, un peu gore certes, mais ce n'est pas tous les jours qu'on peut observer une scène de vie de ce magnifique prédateur.
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